L’homme qui murmure à l’oreille de Donald Trump ne siège pas au Congrès. David Sacks est un capital-risqueur milliardaire de la Silicon Valley, un temps chargé de l’IA et des cryptos à la Maison-Blanche, et surtout l’une des rares voix à avoir réussi à retourner le président contre toute régulation de l’intelligence artificielle.
Il faut dire que Trump n’a pas mâché ses mots. Les dangers prêtés à l’IA, ce sont des « canulars » et une « arnaque », et de toute façon le gouvernement dispose déjà d’un « pouvoir CRIMINEL et réglementaire énorme » sur ces boîtes. La formule est de lui, majuscules comprises. Voilà pour la doctrine.
Sauf que le reste du monde n’est pas d’accord. Steve Bannon, ancien conseiller de Trump devenu croisé de la cause anti-IA, Ted Cruz, sénateur républicain du Texas, et même les patrons des plus gros labos du secteur réclament désormais des règles. On se retrouve donc avec une Maison-Blanche en décalage avec son propre camp. C’est exactement ce qu’on vous racontait hier, quand Trump montait son AI Force en jurant de ne rien freiner du tout.
Le fil rouge de ce grand écart porte un nom. Sacks s’est fait publiquement et bruyamment l’avocat du « la fin du monde n’aura pas lieu », à contre-courant des prédictions apocalyptiques qui sortent pourtant de son propre écosystème. Le détail qui gratte arrive maintenant : Sacks est un investisseur. Un homme dont la fortune dépend en bonne partie de la santé des entreprises qu’il finance, et parmi elles, il y a de l’IA et du crypto plein les poches.
Quand un type te jure qu’il n’y a pas de loup, vérifie toujours s’il élève des moutons. Là, les moutons sont dans le portefeuille.
The Guardian le range dans une catégorie savoureuse : un « radical déconnecté de la Silicon Valley ». Out-of-touch, dans le texte. Voilà le profil de celui qui inspire la politique américaine en matière d’IA. Pas un chercheur, pas un régulateur, pas un élu. Un mec qui a un intérêt direct à ce que rien ne bouge.
Le vrai sujet n’est pas de savoir si l’IA est dangereuse. C’est de savoir qui écrit la règle, et pour qui. Que les entreprises elles-mêmes réclament un cadre devrait suffire à faire lever un sourcil. Quand le taureau réclame la clôture, va voir qui tient le portail. Pour l’instant, la clôture, personne ne la pose : Trump a balayé le sujet, Sacks a applaudi, et le Congrès attend toujours sous la pluie.
Reste une hypothèse que personne ne teste vraiment. Et si Sacks avait un peu raison sur le fond ? Et si tout ce cirque apocalyptique était aussi un vaste exercice de relations publiques pour labos en quête d’avantage concurrentiel ? Ça mériterait une enquête sérieuse, menée par des gens qui n’ont pas de parts dans le game. On cherche encore.
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