Ronan Farrow a sorti une enquête sur Sam Altman dans The New Yorker. Voilà les sept mots les plus terrifiants du monde anglo-saxon, paraît-il. En vrai, si t’es un peu dans le secteur, t’es plus effrayé par les 12 milliards de pertes trimestrielles d’OpenAI que par un article, aussi fouillé soit-il.
Mais bon, Farrow a creusé, et ce qu’il raconte, c’est pas joli-joli. L’histoire du licenciement-express d’Altman en 2023, sa réintégration en 48 heures, et la purge qui a suivi. Le mec a viré des cadres, restructuré la gouvernance, et verrouillé le pouvoir sur la boîte. Le tout en continuant à prêcher l’apocalypse à micro ouvert. « On pourrait tous mourir », répète-t-il, pendant qu’il taille dans les rangs et lève des milliards pour accélérer la course. Dire tout et son contraire comme stratégie de management, quoi.
Ce qui frappe, c’est pas tellement les révélations — on savait déjà qu’Altman était un animal politique redoutable. Non, ce qui pue, c’est l’hypocrisie du truc. Tu veux contrôler l’AGI, mais tu peux même pas gérer ton conseil d’administration sans passer par un coup d’État corporate. Tu parles de sécurité avant tout, mais ton modèle principal, GPT-5, est sorti avec des garde-fous en carton parce que les actioneurs trépignaient. Le safety-washing, c’est devenu une discipline olympique chez ces gens-là.
Et pendant ce temps, OpenAI continue d’engloutir des milliards, de promettre la Lune, et de livrer des PowerPoints. La dernière levée ? 10 milliards de dollars, pour un modèle qui, selon leurs propres évaluations internes, présente des « risques systémiques non maîtrisés ». Mais bon, quand tu valorises ta boîte à 900 milliards, tu peux te permettre d’ignorer tes propres red flags. Les investisseurs s’en foutent, ils veulent du retour, pas de la morale.
Farrow pose la question de la gouvernance. Qui contrôle ces boîtes qui veulent contrôler l’intelligence ? La réponse, c’est qu’Altman contrôle tout. Point. Après le coup de 2023, il a mis en place un système où il a le dernier mot sur tout. Les garde-fous ? Une blague. L’éthique ? Un département com’ qui pond des chartes pour les rapports annuels. La réalité, c’est que la course au compute et à la domination du marché prime sur tout le reste.
Et le pire, c’est qu’on continue de l’écouter. Chaque interview d’Altman est traitée comme une parole d’évangile. Le mec pourrait annoncer qu’il va coloniser Mars avec une IA générative, et les médias titreraient « Altman révèle sa vision pour l’humanité ». Pendant ce temps, dans les labos, les ingénieurs se battent avec des bugs qui font halluciner les modèles, et les équipes safety sont réduites au silence parce qu’elles ralentissent le déploiement.
Alors oui, Farrow a fait du bon boulot. Il a documenté le bordel. Mais est-ce que ça va changer quelque chose ? Probablement pas. Les investisseurs s’en moquent, les régulateurs sont à la ramasse, et le public est trop fasciné par ChatGPT pour poser des questions gênantes. Altman restera en selle, continuera à prêcher la fin du monde tout en accélérant vers elle, et on applaudira à chaque annonce.
La vraie question, c’est pas « qui contrôle OpenAI ? ». C’est « pourquoi on laisse un type aussi incohérent contrôler quelque chose d’aussi puissant ? ». Mais bon, pose pas de questions gênantes, tu vas faire fuir les VC.
Allez, je retourne à mon café. La prochaine fois qu’on te parlera des risques existentiels d’Altman, rappelle-toi qu’il vient peut-être de virer un responsable éthique qui lui a dit non.
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