Le Pentagone a trouvé un nouvel ennemi : un vendeur de mots. Anthropic, la startup à 350 milliards de dollars, vient de se faire blacklister par le département de la Défense américain. Motif ? « Risque pour la chaîne d’approvisionnement ». Une étiquette jamais collée à une entreprise nationale, et qui pue la vengeance à plein nez. Parce qu’Anthropic a osé dire non. Non à l’utilisation sans restriction de son IA pour la surveillance de masse. Non aux armes autonomes. Deux lignes rouges, et voilà que le bras armé des États-Unis décide de leur couper les vivres.
Mais le coup est trop gros. Trop voyant. Le cirque commence. Microsoft, le géant du logiciel qui fournit déjà l’armée en cloud, sort de l’ombre pour soutenir Anthropic dans ses deux procès fédéraux. Pas par amour de la vertu, évidemment. Simplement parce que si le Pentagone peut punir une boîte pour avoir posé des conditions éthiques, alors aucun développeur d’IA n’est à l’abri. Même les plus dociles. Même ceux qui vendent déjà leurs modèles au plus offrant.
Et Microsoft n’est pas seul. Plus de trente employés de Google et d’OpenAI, dont Jeff Dean, le chief scientist de Google, ont signé un amicus curiae pour soutenir Anthropic. Des rivaux qui se serrent les coudes face à un adversaire commun : un État qui veut de l’IA sans garde-fous. Ironie du sort, OpenAI traverse sa propre tempête : un deal avec le Pentagone a déclenché #QuitGPT, une révolte utilisateur qui a fait fuir 2,5 millions d’utilisateurs et propulsé Claude, le chatbot d’Anthropic, en tête du App Store américain. Les employés d’OpenAI défendent donc la boîte qui profite de leur propre bourde. La solidarité fait parfois mal.
Anthropic estime que cette désignation pourrait lui coûter « des milliards ». Pas étonnant : être étiqueté « risque pour la chaîne d’approvisionnement », c’est le baiser de la mort pour tout contrat public. Mais derrière les chiffres, c’est un principe qui est en jeu : une entreprise peut-elle refuser certaines utilisations de sa technologie sans se faire crucifier ? Le Pentagone, lui, répond par la carotte et le bâton. La carotte, ce sont les contrats juteux pour ceux qui jouent le jeu. Le bâton, c’est ce blacklistage pour ceux qui résistent.
Pendant ce temps, Dario Amodei, le patron d’Anthropic, doit se sentir un peu schizophrène. Lui qui publie des essais de 20 000 mots sur les risques existentiels de l’IA, le voilà traîné en justice pour avoir tenté d’appliquer ses principes. Le dealer qui appelle sa cliente pour lui dire qu’elle consomme trop, et qui se fait attaquer par le fournisseur. Dire tout et son contraire, c’est beau quand c’est théorique. Quand ça touche au portefeuille, c’est une autre histoire.
Et le secteur regarde, nerveux. Parce que ce procès n’est pas qu’une histoire d’argent. C’est un test. Si le Pentagone gagne, chaque boîte d’IA devra choisir : plier ou risquer la mise à l’index. La « course aux armements » dont tout le monde parle ne sera plus une métaphore. Elle deviendra littérale, avec des contrats à la clé et des lignes rouges effacées au White-Out.
Microsoft, en soutenant Anthropic, joue un double jeu. Il défend le droit de dire non, tout en continuant de fournir Azure à l’armée. Le cynisme en costard-cravate. C’est peut-être ça, la vraie leçon : dans la guerre de l’IA, il n’y a pas de gentils et de méchants. Juste des intérêts. Et parfois, ces intérêts s’alignent pour éviter que la maison ne brûle.
Anthropic a tiré la première balle. Maintenant, tout le secteur attend le verdict. Parce que si le Pentagone peut blacklister une boîte pour avoir posé des limites, alors la sécurité n’est plus qu’un argument marketing. Et ça, même Jeff Dean ne veut pas y penser.
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