Le Sénat se réveille et découvre que les data centers consomment de l’électricité

Quand on laisse tous ses appareils en veille et qu’on reçoit une facture EDF qui donne envie de déménager au fin fond du Larzac, c’est énervant. Les data centers, c’est pareil, mais multiplié par un million. Et apparemment, certains élus américains viennent de regarder leur compteur.

Ce jeudi, dans un rare moment de lucidité collective, deux duos de sénateurs ont décidé que l’ère du « on fait pousser des serveurs comme des champignons sans savoir combien ça consomme » devait prendre fin. D’une part, Elizabeth Warren et Josh Hawley — oui, un Démocrate et un Républicain dans la même phrase, c’est déjà un miracle — ont envoyé une lettre à l’Energy Information Administration (EIA) pour exiger des rapports annuels obligatoires sur la consommation électrique des data centers. Parce que, clairement, personne n’a la moindre idée de la quantité d’énergie qu’engloutissent ces monstres. L’industrie donne des chiffres enjolivés, les régulateurs regardent ailleurs, et pendant ce temps, un seul data center peut tirer autant qu’une ville de 50 000 habitants. Leur idée : de la transparence, pour commencer. Pas con.

De l’autre côté, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez font dans le plus radical. Ils ont déposé un projet de loi pour geler la construction de nouveaux data centers dépassant 20 mégawatts — soit à peu près la puissance nécessaire pour alimenter 15 000 foyers — jusqu’à ce que des régulations fédérales soient en place. En gros, ils disent : « Stop, on arrête de construire des centrales électriques déguisées en boîtes à serveurs, et on réfléchit avant de cramer la planète pour que ChatGPT te génère une recette de cookies. »

C’est marrant, parce que ça fait des années que les écolos gueulent sur le sujet, mais là, avec l’explosion de l’IA, même les politiciens commencent à sentir l’odeur de brûlé. Les data centers liés à l’IA, c’est la partie immergée de l’iceberg dont personne ne parle : entraîner un modèle comme GPT-5, c’est l’équivalent énergétique de lancer une fusée, et le faire tourner en continu, c’est comme maintenir cette fusée en orbite 24/7. Google, Microsoft, Amazon, Meta — tous ces géants promettent la neutralité carbone pour 2030, mais entre-temps, ils ouvrent des data centers à tour de bras, souvent dans des régions où l’électricité vient du charbon ou du gaz. Le greenwashing a ses limites, et visiblement, le réseau électrique aussi.

Le gros souci, c’est que cette course à l’IA est devenue une boulimie énergétique. On parle de modèles avec des centaines de milliards de paramètres, entraînés sur des datasets qui pèsent des pétaoctets, et déployés à l’échelle mondiale. Sans régulation, c’est la foire : chaque entreprise veut son supercalculateur, peu importe le coût écologique. Warren et Hawley visent juste en demandant des données — parce que sans chiffres, impossible de légiférer. Mais Sanders et AOC tapent plus fort : un moratoire, c’est dire « on arrête la machine avant qu’elle nous explose à la gueule ».

Bien sûr, l’industrie va râler. « Ça va tuer l’innovation », « on va perdre notre avance sur la Chine », bla bla bla. La même rengaine qu’à chaque fois qu’on essaie de mettre un peu d’ordre dans le bordel. Mais la réalité, c’est que si on continue à ce rythme, en 2030, les data centers pourraient consommer 10% de l’électricité mondiale. Et le pire, c’est qu’on a pas de planète de rechange.

C’est un premier pas. Mais comme d’habitude, les politiques arrivent après la bataille. Pendant des années, ils ont laissé les tech bros faire n’importe quoi, et maintenant qu’ils voient les conséquences, ils paniquent. La question, c’est : est-ce que ça va rester des lettres et des projets de loi qui dorment dans un tiroir, ou est-ce qu’on va enfin avoir des règles qui obligent ces boîtes à assumer leur impact ? Parce que pour l’instant, le seul truc qu’ils assument, c’est leur valorisation boursière.

Et pendant ce temps, Sam Altman et Dario Amodei continuent de lever des milliards pour entraîner des modèles toujours plus gros, sans jamais mentionner que leur joujou préféré pourrait bien faire sauter les plombs de tout un État. Mais bon, faut bien changer le monde, même si c’est en le plongeant dans le noir.


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