Trump rebaptise l’IA « Super Intelligence » et fait signer une promesse en l’air

Un décret, deux mots, et voilà l’Amérique qui change de vocabulaire. Mardi, Donald Trump a signé un ordre exécutif pour bannir l’expression « intelligence artificielle » des documents officiels, des sites de l’administration et des communiqués. Désormais, on dit « Super Intelligence ». Motif invoqué : « Le mot super est le meilleur mot de tous, et c’est le plus simple. » Voilà voilà. On passe des années à se demander comment encadrer une technologie qui file entre les doigts, et la solution tenait à un préfixe.

Comme on vous le disait la semaine dernière dans notre article sur le sujet, l’idée traînait déjà dans l’air. Cette fois, c’est gravé dans le marbre administratif.

Le pacte en carton-pâte

Le même jour, Trump a réuni les patrons des plus grosses boîtes de la tech pour un déjeuner à la Maison-Blanche. Au menu, la sécurité de l’IA, et surtout une bonne séance photo. À la sortie, le président a annoncé que les grands noms du secteur avaient signé un « Joint Commitment on Frontier Responsibilities ». En clair, un accord « moralement contraignant ». Rien de plus. « C’est presque comme une constitution, quelque part, et les plus grands du monde l’ont signé », a-t-il fanfaronné.

Presque, en effet. Dans les faits, le texte n’a aucune force légale. Les signataires (Nvidia, OpenAI, Anthropic, Meta, Google) promettent des évaluations internes des risques, des audits externes, une supervision par leurs conseils d’administration. Des engagements que personne ne pourra leur imposer s’ils décident de les oublier dès demain matin. Mark Zuckerberg a parlé de « confiance du public ». Sundar Pichai a reconnu que l’industrie avait « le devoir d’atténuer les risques ». Jolis mots. Vides, mais jolis.

Le contraste européen

Pendant ce temps, les mêmes boîtes, de l’autre côté de l’Atlantique, ne signent pas des promesses. Elles risquent des amendes allant jusqu’à 3% de leur chiffre d’affaires mondial en cas de manquement. Tu me diras que c’est plus contraignant qu’un pacte moral. C’est aussi le seul des deux textes qui a des dents.

Trump, lui, assume. Il pousse pour desserrer les garde-fous, en expliquant qu’encadrer l’IA va étouffer la croissance. Il a même profité du sommet pour fermer la porte à un projet commun entre les États-Unis et la Chine sur l’IA. Pas de collaboration, donc, et tant pis si on a déjà causé de ce canal sino-américain qui ne débouche nulle part.

La petite blague du jour

Pendant que les patrons signaient leur promesse à Washington, une news est tombée dans le fond de la salle : OpenAI a suspendu la sortie de son dernier modèle pour raisons de sécurité, invoquant des « niveaux de tromperie plus élevés » que ses prédécesseurs. Une boîte qui reconnaît que son propre produit ment un peu trop, le jour où toute l’industrie jure sur l’honneur qu’elle va bien se tenir. Impossible d’écrire un scénario plus savoureux.

Tant qu’on y est, un mot sur America.gov, le nouveau site gouvernemental dopé à l’IA, dévoilé à la même occasion. Le genre d’outil qui va répondre à tes questions administratives avec l’aplomb d’un modèle qui te sort une réponse fausse sans sourciller.

Le vrai problème

Change le mot, change pas la chose. Tu peux l’appeler « Super Intelligence », « IA responsable » ou « Gérard » si ça te chante, la réalité reste identique : des systèmes que personne ne comprend entièrement, déployés à une vitesse que personne ne contrôle, surveillés par les boîtes qui les fabriquent. Un accord moralement contraignant, c’est un chien de garde en carton. Ça impressionne le visiteur. Ça n’arrête pas le cambrioleur.

Trump assure que « super » est le meilleur mot de tous. Il oublie juste le seul qui manque dans le titre de son pacte : contraignant.


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