Anthropic négocie 45 milliards de plus avec Nscale, sans courant garanti

Quatre-vingt-dix milliards de dollars. Si tu additionnes les deux contrats qu’Anthropic s’apprête à coller à Nscale, c’est le chiffre qui sort. Le premier, signé en août, valait déjà 45 milliards. Le deuxième, en négociations serrées selon Bloomberg et Reuters, porte sur le même ordre de grandeur : un deuxième bâtiment du campus Monarch, en Virginie-Occidentale, 460 mégawatts, des puces Nvidia Vera Rubin. Un mois et demi entre les deux signatures. À ce rythme, Anthropic va finir par louer du courant qu’il n’a pas encore inventé.

Le détail qui tue est là.

Le premier chèque n’est pas encaissé

Nscale doit encore boucler le financement du premier contrat. Ça sort du dossier dont Reuters et Dealroom se font l’écho : Anthropic peut se barrer si l’argent n’est pas en place avant une échéance fixée. Les permis de l’eau et de l’air pour la centrale au gaz qui alimentera le campus sont toujours en attente. La due diligence du deuxième accord est en cours, donc rien n’est signé, et tout peut encore se casser la gueule.

Résumé de la situation : une société qui n’a pas les sous pour son premier bâtiment vend un deuxième bâtiment à un client qui n’a pas encore vérifié comment le premier sera éclairé.

Nscale n’est pas un rigolo pour autant. En deux ans et demi, la boîte a fait passer sa valeur contractuelle de 100 millions à plus de 103 milliards de dollars. C’est la définition même d’une fusée. Sauf qu’une fusée, ça consomme. Le prospectus déposé pour son introduction en bourse évoque une perte nette d’un milliard de dollars, et deux clients qui pèsent à eux seuls environ 85 % des contrats : Microsoft et Anthropic. Le genre de concentration qui fait tousser n’importe quel analyste un peu réveillé.

Microsoft a lu le compteur et il est parti

Le campus Monarch, c’est celui où Microsoft a claqué la porte. Pas par caprice : les délais de raccordement électrique repoussaient la livraison dans les années 2030. Je t’en parlais il y a deux jours à propos du plus grand data centre d’IA du Royaume-Uni, le courant n’arrivait pas avant la décennie suivante. Même problème, même opérateur, même conclusion côté Redmond. Un géant du logiciel qui a les reins les plus solides du secteur a regardé le calendrier de raccordement et a dit non.

Anthropic, lui, dit oui. Deux fois. Et il se réserve même un droit de préemption sur un troisième bâtiment prévu sur le même campus. Trois bâtiments, deux contrats signés ou presque, zéro permis d’exploitation pour la centrale. C’est du béton par anticipation.

Le montage a quand même une logique : Nscale possède et exploite le data centre et les puces, Anthropic paie la capacité au fur et à mesure qu’on la lui livre. Pas de capex pour le labo, pas de bâtiment à entretenir, juste une facture de location géante. L’accord paraît propre à première vue. Sauf que la facture, elle, ne disparaît pas du bilan : elle s’empile. Près de 44,6 milliards déjà engagés selon le dépôt réglementaire de Nscale pour son IPO, plus 45 de plus en discussion. Et Nvidia a mis 2 milliards dans le tour de table de Nscale en mars 2026, ce qui ne rend l’affaire ni plus neutre ni plus rassurante.

Les investisseurs ont demandé à voir les comptes

Le timing de ces négociations n’a rien d’anodin. Les deux entreprises préparent leur entrée en bourse. Anthropic visait une cotation dès cette année, avec une valorisation évoquée entre 1 500 et 2 000 milliards de dollars. Sauf qu’une partie des investisseurs pousse pour revoir la copie à la baisse après une série de déconvenues sur le marché de l’IA, toujours d’après Bloomberg.

Les chiffres aident moyennement. Le chiffre d’affaires du troisième trimestre atteint 16,8 milliards de dollars, en hausse de 46 % sur un trimestre. Impressionnant, jusqu’à ce que tu regardes le trimestre précédent : +139 %. La croissance reste énorme, elle divise juste par trois son accélération. À 2 000 milliards de valorisation, il faut une trajectoire qui ne ralentit pas.

Nscale est dans le même sac, en pire. La société visait 30 milliards de dollars de valorisation. Les investisseurs, eux, soufflent plutôt 16 à 19 milliards. Ça fait une décote de 40 % avant même le premier jour de cotation, et ça donne la température réelle du marché pour les data centers d’IA.

Le contexte n’aide pas. La semaine dernière, CoreWeave, le concurrent direct, a vu son action plonger sur fond d’inquiétudes autour de sa dette de 50 milliards. Une secousse qui s’est propagée à l’ensemble des valeurs IA. Le message des marchés commence à être limpide : on veut bien payer l’intelligence, on commence à tiquer sur le béton, le gaz et les transformateurs.

Le courant, lui, ne se signe pas

Cette séquence a quelque chose de fascinant. Anthropic a raison sur le fond : sans capacité de calcul, pas de Claude, pas de revenus, pas d’IPO à 2 000 milliards. Le calcul est même plutôt lucide. Le problème, c’est que la chaîne entre la signature et le token généré passe par des permis d’eau, des permis d’air, un raccordement au réseau et un financement bancaire. Quatre étapes sur lesquelles Anthropic n’a strictement aucune prise, et dont au moins deux sont aujourd’hui bloquées ou pendantes.

On me dira que les labos signent des lettres d’intention, pas des chèques, et que tout ça se dénouera. Peut-être. Mais quand un vendeur de data centers a besoin de deux contrats à 45 milliards pour justifier son IPO, et que son client a besoin de cette capacité pour justifier la sienne, tu n’as plus affaire à une relation commerciale. Tu as deux types accrochés au même fil, en train de se dire que si l’un lâche, l’autre tombe.

Microsoft a déjà testé la solidité du fil. Il est remonté.

En attendant, quelqu’un devrait vérifier que le courant passe. C’est le seul contrat du lot qui ne se signe pas avec un stylo.


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