Mercredi matin, Tokyo a rendu son verdict sur les midterms américains : -2,85 % pour le Nikkei, -8 % pour SoftBank. Mardi soir, Wall Street avait pourtant clôturé dans le vert, Nasdaq en tête. Même scrutin, deux humeurs, huit heures d’écart. Le problème, c’est que tout le monde regarde le mauvais étage du bâtiment.
Mardi, vert
À la clôture de mardi, le S&P 500 grappillait 0,37 % et le Nasdaq 0,83 %, quand le Dow lâchait 0,38 %, soit 197 points. Apple a plombé l’indice avec -1,9 % après une prévision de marge inférieure aux attentes, causée par le renchérissement des puces mémoire. Nvidia a repris 2,3 % après quatre séances de baisse, entraînant dans sa remontée AMD, Broadcom et Micron.
Le contexte immédiat n’était pas joli : lundi soir, le Nasdaq avait fini en zone de correction, à 10 % sous son record du 6 octobre. Octobre restera comme son plus mauvais mois depuis mars 2025. Sur l’année, on est encore large : S&P 500 +10 %, Nasdaq +9 %, Dow +7 %. Le pétrole a offert un peu d’air, avec un Brent à 103 dollars mardi contre 117 fin octobre, sur fond de possibles négociations avec l’Iran et la Russie.
Bref, mardi, les marchés ont haussé les épaules devant une élection dont les résultats n’étaient pas encore sortis.
Mercredi, rouge
Le réveil asiatique a été nettement moins philosophe. L’Associated Press donnait les démocrates vainqueurs au Sénat et en passe de prendre la Chambre, un revers sérieux pour Donald Trump et son parti, qui tenaient les deux chambres depuis deux ans. À 6 h du matin à Paris, les futures sur les grands indices européens reculaient de 0,3 % à 0,5 %, l’Euro STOXX 50 de 0,7 %. Le dollar suivait la pente : euro à 1,1249, livre à 1,3460 (+0,4 %), yen à 157,63. Côté taux, le Bund dix ans se posait à 3,35 %, l’OAT à 4,93 %, le Treasury dix ans à 4,945 %. En Asie, le Kospi cédait 1,17 %, l’ASX 200 0,8 % après la hausse de taux décidée mardi par la banque centrale australienne, Shanghai 0,23 %, quand Hong Kong gagnait 0,38 %.
Le motif invoqué est toujours le même : la peur qu’une vague démocrate plie le Congrès vers plus de régulation de l’IA, et que les milliards d’investissements finissent par ne jamais rendre la monnaie.
Le Congrès ne réglera rien
Sauf que la mécanique institutionnelle ne suit pas. Trump a prévenu qu’il serait « Mr Veto » face à une législature démocrate, tout en laissant entendre que des accords pourraient finir par se faire. Chris Weston, de Pepperstone, résume pour l’AFP : un Congrès démocrate « augmente le potentiel d’enlisement législatif, de bras de fer budgétaire, de querelles sur le plafond de la dette et d’enquêtes parlementaires ». Il ajoute dans le même souffle que « le président conserve une autorité exécutive considérable » et que les conséquences sectorielles sont « loin d’être simples ». Sa conclusion est la plus intéressante : une vague bleue étroite est déjà dans les prix, une vague bleue massive obligerait à repenser tout l’agenda Trump restant, jusqu’à 2028.
La régulation fédérale de l’IA, version cauchemar des salles de marché, ressemble surtout à un chiffon agité pour faire bouger les cours. Deux ans de cohabitation bloquée, ça produit des discours et pas des lois. On a déjà vu OpenAI faire le service après-vente des midterms en briefant les candidats : quand la loi ne vient pas, le lobbying tient lieu de réglementation.
Le vote qui compte était dans l’Ohio
Ce qui a réellement bougé, c’est en bas de l’échelle. La hausse du coût de la vie et le prix à la pompe ont nourri les gains démocrates, comme le rapporte Euronews. Et l’opposition aux data centers s’est invitée dans plusieurs campagnes, dont celle du Sénat dans l’Ohio, où le républicain Jon Husted a perdu face au démocrate Sherrod Brown. L’article ne prétend pas que le sujet a fait le résultat. Mais il note sa présence, et c’est déjà une information : un scrutin fédéral américain où le mot « data center » peut sortir de la bouche d’un candidat sans le faire couler.
Je l’écrivais il y a quelques jours à propos du Maine, où les habitants ont voté contre les data centers pendant que l’industrie finançait la campagne. Le schéma se répète, à un étage différent. À Washington, une poignée de lobbyistes et de commissions discutent de « guardrails » que personne ne votera. Dans l’Ohio, en Virginie, dans le comté rural qui doit trancher un permis de construire, la question du raccordement au réseau et du bruit des ventilos se règle sans caméra et sans communiqué de presse.
Un analyste cité par CNBC a compilé les performances boursières après chaque midterm depuis 1980 : ça remonte presque toujours une fois les résultats tombés. Tant mieux pour les portefeuilles. Ça ne dit rien de la suite du programme, parce que la vraie contrainte de l’IA en 2027 ne sera pas budgétaire ni législative. Elle sera foncière, électrique et locale.
Le régulateur le plus puissant de l’IA ne siège pas au Capitole. Il tient une permanence le mardi soir dans une salle des fêtes de l’Ohio, et il n’a jamais entendu parler de scaling laws.
Sources :
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