Pendant que tu débattais de la couleur de l’icône de ChatGPT, une IA écrivait 700 000 virus. Et 16 d’entre eux fonctionnent. Il faut bien mesurer le truc : c’est le premier design génératif de génomes complets. Avant, l’IA générative en biologie s’arrêtait aux protéines. Maintenant, elle pond des génomes viraux entiers, et une partie d’entre eux tient la route en labo.
Le chiffre exact, pour les accros : 700 000 séquences écrites par le modèle Evo, signé Stanford et Arc Institute. 285 synthétisées en paillasse. 16 bactériophages parfaitement capables d’infecter et de tuer des E. coli. Un taux de réussite de 0,002 %, digne d’un stagiaire qui envoie des centaines de pull requests jusqu’à ce qu’une compile. Sauf que là, quand ça compile, c’est un virus qui tourne.
La bonne nouvelle, c’est que pour l’instant, ces virus sont des gentils. La phagothérapie, c’est ça : des virus qui bouffent les bactéries résistantes aux antibiotiques. Potentiellement une arme de plus contre la crise de l’antibiorésistance, et les labos du monde entier se frottent les mains. Le microbiologiste Simon Clarke, lui, prévient dans le Daily Mail : le même outil peut servir à bricoler des armes biologiques. Merci, Simon, on avait compris.
Sauf que voilà : entre la science qui avance et la réglementation qui traîne, le fossé n’a jamais été aussi large. Le Financial Times a rapporté l’info, Science l’a publiée, et toi, tu l’as peut-être apprise en scrollant entre deux stories de bouffe. C’est là qu’est le problème : un sujet avec un potentiel de double usage pareil devrait occuper le débat public. À la place, on discute encore de la couleur des pastilles de ChatGPT.
Et pendant ce temps-là, la lettre ouverte de 2023, celle où des centaines de chercheurs réclamaient un moratoire sur les IA capables de concevoir des pathogènes, elle dort dans un tiroir. Personne n’a vraiment répondu. On continue à faire confiance au bon sens des chercheurs. Le problème, c’est que le bon sens n’est pas un protocole. Et les bacs à sable, même bien gardés, ont une fâcheuse tendance à déborder.
Alors, non, 16 virus sur 285 ne vont pas déclencher la prochaine pandémie. Mais c’est la première fois qu’une machine écrit le code du vivant et qu’une partie de ce code fonctionne. Si tu attends que ça devienne un problème pour t’y intéresser, tu risques de trouver le temps long, à l’hôpital. Ou au cimetière. Comme d’habitude, va falloir choisir entre l’emballement et l’ignorance, et sûrement trouver un chemin entre les deux. Mais ça, les régulateurs ne l’ont pas encore écrit.
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