Souviens-toi. Janvier 2025. Un labo chinois que personne n’avait vu venir sort un modèle qui fait vaciller Nvidia en bourse et oblige la Silicon Valley à se demander si elle n’a pas claqué des milliards pour rien. DeepSeek, le modèle fait avec trois fois rien, la hype planétaire, les benchmarks qui piquent.
Un an et demi plus tard, le même labo s’apprête à encaisser au moins 12 milliards de dollars, soit environ 10,6 milliards d’euros. Bloomberg a posé le chiffre sur la table cette semaine, et deux noms reviennent dans le tour de table : CATL et Tencent.
Le récit a changé de camp.
Il ne prend pas l’argent, il le trie
Détail piquant : DeepSeek ne se contente pas de ramasser les chèques, il sélectionne ses investisseurs. C’est ce que rapporte ActuIA. Pour le dire court : quand la moitié de l’écosystème veut entrer au capital, tu choisis qui franchit la porte. Position de force, évidemment.
Rappel du contexte, parce qu’il compte. DeepSeek, c’était à l’origine le bras IA de High-Flyer, un fonds quant chinois. Auto-financé. Pas de VC qui colle son nez dans le capital, pas d’investisseurs qui exigent un retour sur huit trimestres. Cette absence de pression, c’était le cœur du personnage : un labo qui fait de la recherche parce que la recherche, parfois, ça paie. Une levée à dix chiffres et une IPO annoncée pour 2027, ça tue un peu la blague.
CATL et Tencent, l’infra et l’audience
Qu’est-ce qu’un roi de la batterie vient foutre dans un labo d’IA ? Première piste : l’énergie. Les centres de données bouffent du courant comme des ogres, et en Chine, le nerf de la guerre n’est pas seulement la puce, c’est la prise. Deuxième piste : la logique verticale. Les industriels chinois adossent l’IA à tout ce qui produit de la valeur, du stockage d’électricité jusqu’au modèle.
Tencent, c’est autre chose. WeChat, le cloud, les jeux : une machine à cash qui sait transformer une techno en usage de masse. Mettre CATL et Tencent sur la même ligne du cap table, c’est aligner l’infrastructure et l’audience. Le tour de table ressemble moins à un pari de capital-risque qu’à un plan de construction.
Et il y a le mur invisible. Les labos chinois n’achètent pas facilement les meilleures puces américaines. Alors ils optimisent, ils bricolent, ils font mieux avec moins, et maintenant ils lèvent pour bâtir chez eux. Le tour de DeepSeek, c’est aussi une réponse polie aux restrictions de Washington.
Le hic, c’est le récit
DeepSeek a construit sa légende sur l’efficience. Moins de calcul, moins de fric, plus de résultats, et surtout des modèles ouverts. Une entrée en Bourse, c’est des comptes publiés, des actionnaires qui veulent leur part, et une pression trimestrielle qui n’a rien à voir avec la liberté d’un labo de recherche. Tu peux encore sortir des modèles ouverts quand CATL et Tencent sont assis au conseil. Tu sortiras ceux qui arrangent tout le monde.
Ce qui est ironique, c’est que DeepSeek rejoint finalement le club qu’il semblait snober. OpenAI, Anthropic, xAI : tout le monde lève des milliards et lève la main pour la tranche suivante en parlant de superintelligence. Le « disrupteur fauché » était un excellent argument marketing. Un chèque de 10,6 milliards, c’est encore mieux.
Reste une question. Le prochain DeepSeek sera-t-il encore capable de faire perdre 600 milliards de dollars à Nvidia un lundi matin ? Avec un tel pactole en banque, c’est techniquement plus facile. C’est juste beaucoup moins rock’n’roll.
Sources :
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