C’était l’argument massue des optimistes : l’IA allait nous débarrasser des tâches pénibles et libérer de la place pour les vrais talents. Les jeunes diplômés tech viennent de comprendre que la place en question, c’est la leur, et que quelqu’un d’autre l’occupe déjà.
Du côté de Singapour, le média CNA rapporte que les nouveaux diplômés en informatique flippent. L’IA a relevé le niveau d’exigence pour les postes juniors. Les employeurs ne veulent plus de profils « prometteurs » qui apprendront sur le tas. Ils veulent des candidats qui savent déjà manipuler les agents, qui connaissent les bonnes pratiques de prompt, et qui ont si possible déjà travaillé avec le modèle qui va les remplacer. Le classicisme du marché du travail, version 2026.
Le Financial Times, lui, parle d’eaux troubles. Les candidats génèrent des CV en série et bombardent les offres. Les recruteurs, eux, utilisent des filtres IA pour dégrossir. Résultat : les humains se retrouvent au milieu, à trier des candidatures qui ont été pensées par des machines pour être lues par des machines. Et la méfiance a remplacé l’attention. Un conseil : arrête de faire passer ChatGPT pour une « expérience en Python ». L’algorithme d’en face a probablement lu le même prompt, et il n’est pas impressionné.
Le piège est vicieux. Les tâches de débutant, justement celles qui permettaient de se former, sont de plus en plus automatisées. Les juniors arrivent avec un diplôme, mais sans les bricoles qui faisaient office de première expérience. Et comme les recruteurs peuvent se permettre d’être exigeants grâce à l’avalanche de candidatures, les offres « entrée de gamme » exigent désormais plus de compétences que les offres intermédiaires d’il y a cinq ans. C’est le serpent qui se mord la queue, sauf que le serpent a un algorithme et pas de pitié.
On avait déjà parlé du never-skilling, ces étudiants en médecine accros aux outils IA qui perdent la main. Le même syndrome menace la tech : à force de déléguer aux agents, les nouveaux diplômés n’ont plus les bases pour prouver à un humain qu’ils savent coder. Et le marché ne leur laisse pas le temps d’apprendre.
C’est facile de taper sur les recruteurs qui en demandent trop. Mais postuler à 300 offres avec le même CV généré par IA, c’est un peu être le problème aussi. L’IA n’a pas tué le marché des juniors, elle a juste transformé le premier emploi en une course d’obstacles où le parcours est déjà balisé par son futur patron. Et il s’attend à ce qu’on ait le GPS avant d’entrer.
Bonne chance pour passer cette première étape. La première étape passée, dis-toi que ça ne fait que commencer. Le reste du parcours, il faudra le justifier face à un agent qui fait notre boulot en deux heures. Mais ça, c’est une autre histoire. On en reparlera.
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