750 millions de dollars levés, 15,75 milliards de valorisation, et un contrat qui claque : Modal, cloud dédié au développement d’IA, vient de remplacer ses processeurs Intel et AMD par la puce Vera de Nvidia. Au même moment, à l’autre bout du tuyau, des investisseurs commencent à se demander si la croissance des revenus de l’IA ne va pas finir par plafonner. Deux nouvelles qui n’ont pas l’air liées. Elles racontent pourtant exactement la même mécanique.
Le client dont tout le monde rêve
Modal vend du calcul à ceux qui entraînent des modèles. Un métier en pénurie permanente, avec une croissance de revenus qualifiée de substantielle sur l’année écoulée et un carnet de commandes qui ressemble à une file d’attente devant un magasin fermé. Le genre de dossier qu’un fonds sort pour épater la galerie.
Et voilà que la boîte annonce avoir adopté Vera, le processeur central de Nvidia, en tournant le dos à Intel et à AMD. Nvidia, donc, ne se contente plus de fournir les GPU qui font tourner les modèles. Il place aussi le processeur qui les accompagne, dans le même châssis, sur la même facture.
Le détail qui en dit long, c’est la petite phrase de fin : Modal continuera d’explorer d’autres options matérielles à mesure qu’elles se présenteront. Autrement dit, personne ne jure fidélité à personne. Nvidia occupe la place avant que les autres ne frappent à la porte, et il le sait.
La pieuvre remonte le courant
On vous racontait il y a quelques jours comment Nvidia vend la puce, prête le fric et rachète la machine. Ici, c’est une variante du même mouvement : une boîte qui revend du calcul à l’IA confie son processeur à celui qui lui vend déjà ses cartes graphiques. Un client dépendant d’un seul fournisseur sur deux étages de la pile, en même temps.
Pour Intel et AMD, la perte est symbolique. Modal n’est pas AWS, on parle d’un acteur de la taille d’un arrondissement. Mais dans le segment du cloud IA, chaque défection raconte la même histoire : le choix par défaut n’est plus x86, il est Nvidia.
L’autre bout du tuyau
Les 15,75 milliards de Modal ne sortent pas de nulle part. Ils reposent sur une conviction simple : la demande de calcul IA va continuer à grimper. Or cette conviction tient entièrement à la capacité des labos à transformer ce calcul en revenus.
Et c’est là que ça coince. OpenAI et Anthropic encaissent des milliards de dollars. Mais des signes de ralentissement de la croissance inquiètent les investisseurs, qui se demandent désormais si les valorisations actuelles du secteur peuvent tenir à cette altitude. Notez bien le paradoxe : ce n’est pas le niveau des revenus qui dérange, ils sont énormes et ils montent. C’est la pente qui se casse.
Une pente qui s’aplatit, et c’est tout l’édifice qu’il faut réévaluer. Les clouds qui achètent des puces, les puces qui justifient les data centers, les data centers qui justifient la dette qu’on a contractée pour les construire. On a déjà vu le marché relire la facture et filer se planquer chez le Trésor. À l’époque, c’était une inquiétude de court terme. Aujourd’hui, on regarde la courbe elle-même.
Personne ne veut être le dernier à sortir
Rien de tout ça ne dit que la fête est finie. Modal vient de lever trois quarts de milliard, ses clients signent, et Nvidia continue de rafler des étages entiers de l’architecture au passage. Le problème est ailleurs, dans le calendrier : une startup se voit attribuer une valorisation de 15,75 milliards sur une trajectoire de croissance qui doit durer des années. Si la trajectoire se redresse moins vite que prévu chez ses propres clients, la valorisation n’a plus grand-chose à quoi s’accrocher, à part le prochain tour de table.
C’est le vice caché de cette industrie. Tout le monde a besoin que tout le monde grossisse. Le fournisseur de puces a besoin du cloud, le cloud a besoin des labos, les labos ont besoin d’entreprises prêtes à payer des abonnements qui pèsent plus lourd que certains budgets informatiques. Retirez un étage, et le reste regarde en l’air en se demandant ce qu’il fait là.
Modal, lui, a tranché sur un point : sa prochaine machine aura un cœur Nvidia. Le reste, la croissance, la pente, la valorisation, ce n’est plus vraiment son problème. C’est celui de ceux qui ont mis 750 millions sur la table.
Sources :
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