Plus de morts que de naissances, l’Australie parie quarante ans sur l’IA

Plus de morts que de naissances, l’Australie parie quarante ans sur l’IA

Le septième rapport intergénérationnel australien est tombé ce lundi, et il raconte un truc que peu de gouvernements osent écrire noir sur blanc : dans quarante ans, le pays enterrera plus de monde qu’il ne verra naître de bébés. Voilà pour la démographie. Et pour la croissance, accroche-toi, la bonne nouvelle s’appelle intelligence artificielle.

Le Guardian résume le topo sans filtre : population vieillissante, croissance économique qui traîne la patte, et un pays « à l’aube d’un âge nouveau et incertain de l’intelligence artificielle ». Quarante ans de projection, une espérance de vie qui s’allonge, un taux de natalité qui se casse la gueule. Le cocktail classique du monde riche, sauf qu’ici on l’assume par écrit.

Le rapport qui se prend pour un programme politique

Ce qui est intéressant, c’est que The Conversation le note à demi-mot : ce rapport a « une veine plus politique que ces documents de long terme n’en ont d’habitude ». Ce qui veut dire que les IGR sont censés être des trucs chiants, techniques, qu’on sort tous les cinq ans pour rassurer les marchés. Là, on sent qu’il y a un message derrière. Et le message, c’est que l’IA est présentée comme « une influence déterminante » sur l’économie australienne sur les quarante prochaines années.

Déterminante. Rien que ça.

Alors pose-toi deux secondes. On te dit que la démographie va plomber la croissance, et dans le même souffle qu’une techno pas encore mûre va venir combler le trou. C’est pratique, un deus ex machina à horizon 2066. Surtout parce que personne, absolument personne dans le gouvernement actuel, ne sera encore en poste pour rendre des comptes quand les projections se casseront la gueule.

L’IA comme bouée, et personne pour vérifier la flottaison

Soyons clairs sur ce qui est factuel et ce qui relève de la prière.

Le vieillissement, c’est du solide. Des courbes démographiques, on en fait depuis des décennies, et elles se trompent rarement. Moins de naissances, plus de retraités, une population active qui se réduit, un système de santé et de retraites sous tension. Ça, c’est écrit.

L’IA qui sauve l’économie sur quarante ans, c’est autre chose. C’est un pari. Et il tombe pile la semaine où, comme on vous le disait dans notre article sur les patrons qui réclament une pause, les grands labos eux-mêmes demandent à freiner la bête pendant que la Bourse leur répond d’aller se faire cuire un œuf. Les mêmes qui promettent monts et merveilles écrivent aussi des lettres ouvertes sur les risques existentiels. Faut suivre.

Le vrai souci, c’est le classique du genre. Dans chaque rapport de ce type depuis trente ans, il y a un chapitre « gains de productivité » qui arrive toujours en retard. L’IA est peut-être la bonne cette fois. Peut-être que non. Mais parier la prospérité d’un pays sur une techno dont les fabricants eux-mêmes ignorent ce qu’elle fera dans cinq ans, autant signer un prêt immobilier en misant sur un héritage hypothétique d’un oncle à l’étranger.

Le pays importe ses modèles, pas sa souveraineté

Et il y a un détail que le rapport glisse sous le tapis. L’Australie n’est pas exactement une puissance de l’IA. Elle importe ses modèles américains, elle attire des data centers à coups de subventions, et elle subit les décisions de San Francisco et de Pékin comme tout le monde. Bâtir quarante ans de stratégie nationale sur une techno que tu ne contrôles pas, c’est audacieux. C’est peut-être même le mot poli pour dire autre chose.

Le rapport parle d’un âge « incertain ». C’est la seule affirmation que je signe sans discuter.

Quarante ans, c’est long. Assez pour que la démographie fasse ce qu’elle fait toujours, c’est-à-dire ce qu’on avait prévu. Assez pour que l’IA fasse n’importe quoi, c’est-à-dire pas du tout ce qu’on avait promis. L’Australie a raison d’anticiper le premier problème. Elle se raconte peut-être une belle histoire pour le second.

Reste une question qu’aucun rapport intergénérationnel n’ose poser : si l’IA tient ses promesses, qui touchera les gains, et si elle les rate, qui paiera les retraites ?


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