Anthropic repousse son entrée en Bourse, deux mille milliards, ça se mérite

Anthropic devait débarquer au Nasdaq en octobre. Ce sera novembre. La raison officieuse ? Laisser filer les résultats du troisième trimestre, histoire de se présenter avec des chiffres qui brillent plutôt qu’un dossier troué. En clair, on repousse pour mieux vendre la mariée.

On vous le disait le 15 septembre, la boîte de Dario Amodei lorgnait sérieusement le Nasdaq. Une semaine plus tard, l’entrée est déjà décalée. Et le plus savoureux, c’est que OpenAI a fait exactement pareil. Deux poids lourds qui trouvent brusquement le calendrier boursier trop pressé, ça ressemble moins à de la prudence d’ingénieur qu’à une bonne grosse séance de maquillage avant le bal.

Le chiffre qui circule chez les investisseurs donne le vertige : 2 000 milliards de dollars de valorisation. Le Financial Times, dans son décryptage, juge que ce n’est « pas tiré par les cheveux ». Certains vont même plus loin et estiment que la boîte vaut davantage. Chacun jugera, la calculette n’est pas la même selon le camp.

La calculette face à la facture

Parce qu’en face du rêve, il y a la note. Rien que le contrat avec SpaceX pèse 1,25 milliard de dollars. Par mois. On parle d’une entreprise qui brûle tranquillement le budget annuel d’un petit pays pour faire tourner des serveurs et des modèles. Ajoutez à ça des coûts d’infrastructure qui gonflent à vue d’œil et des risques de sécurité toujours pas réglés, et vous obtenez un dossier d’introduction un peu moins lisse qu’annoncé.

Ce fameux « risque de sécurité non résolu », justement, on en parle depuis des jours sans que rien ne bouge. Quatre labos piratés, un seul auditeur, le même câble oublié. Un auditeur indépendant payé par Anthropic pour auditer Anthropic. Et pendant que les patrons signent des tribunes sur la nécessité de ralentir, la machine continue de cracher du token à plein régime.

Alors quoi, les 2 000 milliards sont-ils crédibles ? Le FT a sa réponse : oui, à condition de regarder au bon endroit et d’accepter de croire à la trajectoire. Sauf qu’une valorisation, ce n’est jamais qu’une promesse qu’on met sur un tableau Excel et qu’on espère voir se réaliser. Rappelons qu’OpenAI prévoit de cramer 280 milliards d’ici 2030 et que ce n’était même pas le pire de ses aveux. Le secteur ne vend pas des bénéfices, il vend une pente. Tant que la pente monte, personne ne regarde le fond.

Repousser une IPO d’un mois, ce n’est pas un drame. C’est un ajustement de timing, une manière de choisir le meilleur moment pour demander à Wall Street de sortir le carnet de chèques. Le vrai test, ce n’est pas la date. C’est ce qui se passera quand les investisseurs devront décider si une boîte qui brûle un milliard par mois sur un seul partenaire mérite le prix d’une multinationale du pétrole.

Rendez-vous en novembre. D’ici là, la facture SpaceX aura tourné trois fois.


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