Riyad garantit un million, l’ingénieur d’OpenAI reste en prison

Un million de dollars sur la table, et le juge a quand même dit non. Abdulrahman Alfozan, 35 ans, ex-ingénieur d’OpenAI, va donc rester derrière les barreaux. Ce lundi, le magistrat Alex G. Tse a refusé de le libérer sous caution, même avec la garantie d’un million de dollars proposée par le gouvernement saoudien. Sa phrase, rapportée par Fortune depuis la salle d’audience de San Francisco, pose le décor : « Une fois qu’il est parti, on ne le récupère pas. C’est pour ça que c’est une affaire plus grosse. »

On avait déjà effleuré ce dossier dans notre papier sur l’espion présumé d’OpenAI. Depuis, l’histoire a pris de l’épaisseur, et surtout elle a révélé un grand écart entre le récit qui monte et la charge qui existe vraiment.

Les faits, vite fait. Le FBI l’arrête le 9 octobre. Il est accusé d’avoir planqué un mouchard dans une salle de conférence d’OpenAI le 28 septembre, derrière une télé, dans une pièce où les dirigeants, et parfois des officiels, discutent de sujets sensibles. Un second appareil traînait dans son sac, selon la sécurité de la boîte. OpenAI le vire le 9 octobre, même si son avocat assure qu’on ne l’a jamais prévenu officiellement : il était en congé administratif, précise la défense.

La mise en accusation, elle, tient en une ligne. Une seule charge : usage ou tentative d’usage d’un appareil pour intercepter des communications orales. Cinq ans de prison maximum. Pas d’espionnage. Pas de vol de secrets industriels. Pas d’acte pour le compte d’une puissance étrangère. Sa défense martèle ce point, et OpenAI dit n’avoir « aucune indication » qu’il ait accédé sans autorisation aux poids des modèles, au code source ou aux données clients.

Pourquoi le traiter comme un fugitif ? D’abord le fric. Le juge Tse a estimé que le million saoudien pesait peu face à la possibilité qu’Alfozan « ait potentiellement accès à une richesse bien plus grande ». En clair, un homme qui peut faire décoller un jet ne se laisse pas retenir par une caution.

Ensuite le billet. Un aller simple pour l’Arabie saoudite, réservé le 13 septembre pour sa femme, leur bébé de trois mois et lui. 1 897,59 dollars, modifiable pour 180 dollars. La défense répond que ce type réserve des allers simples comme d’autres prennent des cafés : 70 % de ses réservations depuis janvier 2021 (96 sur 138) étaient à sens unique. Elle ajoute qu’il est rentré de chacun de ses 20 séjours en Arabie saoudite recensés entre 2020 et 2025.

Le 12 octobre, date du vol, c’est surtout la fin du délai de 60 jours accordé à sa femme après l’expiration de son permis de travail le 13 août. Post-partum, anxiété, la défense brosse le tableau d’une famille qui rentre au pays pendant que monsieur prenait un congé paternité du 19 octobre au 20 décembre, avant de revenir bosser dans la baie. Et puis il y a ce détail : il s’était inscrit au CES de Las Vegas, début janvier 2027, deux jours avant de poser le fameux appareil. On ne planifie pas un salon de la tech quand on prépare une cavale, plaide en substance l’avocat, qui note qu’Alfozan est resté huit à dix jours dans le pays après avoir été confronté par OpenAI.

Le gouvernement a aussi ses cartes. La perquisition chez lui a mis la main sur des composants électroniques « similaires » au mouchard. Sur son iPhone, des photos datées du 22 au 28 septembre montrent un autre appareil d’enregistrement, plus des gros plans sur les panneaux d’entrée et de sortie de télés dans « divers endroits des bâtiments d’OpenAI », dont une autre salle où se tiennent régulièrement des réunions sensibles. Le gouvernement y voit la preuve d’un repérage.

Bilan : le profil coche toutes les cases du suspect idéal pour un dossier d’ingérence étrangère. La mise en accusation, elle, tient en une ligne de bidouille électronique. Le juge lui-même a lâché que c’était « une affaire plus grosse ». Plus grosse que quoi, au juste ? Que la charge retenue, sans doute. L’Arabie saoudite qui dégaine un million pour garantir la présence d’un de ses ressortissants, ça donne un parfum d’État derrière l’ingénieur. Mais un parfum, ce n’est pas une preuve, et un mouchard derrière une télé, ce n’est pas encore un réseau d’espionnage.

En attendant, Alfozan dort en prison et la suite est fixée au 6 novembre, pour une audience préliminaire. Il n’a ni plaidé ni été formellement mis en accusation. Dans la salle lundi, il y avait soixante personnes, dont une classe de lycéens venus voir de leurs yeux le grand méchant d’OpenAI. Ils ont vu un homme en combinaison orange, et un juge qui, avant de trancher sur le fond, a surtout fait ses comptes.


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