Evan Spiegel, le patron de Snap, a sorti le memo interne classique ce matin. Le genre qui commence par « c’est une décision difficile » et qui finit par « on va remplacer des humains par des algos ». La boîte balance 1000 personnes, soit 16% de ses effectifs, et retire des centaines de postes ouverts. La raison officielle ? Les « progrès rapides de l’intelligence artificielle » qui permettent de réduire le travail répétitif. La vraie raison ? Une action en chute libre et un investisseur activiste, Irenic Capital Management, qui a envoyé une lettre le mois dernier pour exiger des réductions de coûts et de personnel. Le timing est impeccable : tu te fais menacer par un fonds, tu réponds par un plan social, et tu emballes ça dans un discours sur l’avenir technologique. L’IA, ce bouc émissaire en costume de héros.
Snap n’est pas le premier à jouer cette carte. L’année dernière, c’était la mode dans la tech : « On licencie parce que l’IA va tout automatiser, c’est pour votre bien ». Sauf qu’à chaque fois, quand tu grattes un peu, tu trouves une action qui dégringole, des résultats décevants, ou un activiste qui grogne. Ici, c’est les trois. Spiegel promet que ces coupes vont rapprocher l’entreprise de la rentabilité et que l’IA comblera le manque de main-d’œuvre. Autrement dit : « On vous vire, mais ne vous inquiétez pas, un chatbot va faire votre boulot pour moins cher. » C’est cynique, mais au moins, c’est franc.
Le problème, c’est que cette rhétorique fait passer l’IA pour un outil de destruction massive d’emplois, alors qu’en réalité, Snap a surtout besoin de se serrer la ceinture après des années de dépenses inconsidérées. L’IA est pratique : ça fait moderne, ça fait inévitable, ça évite de dire « on a merdé notre stratégie ». Mais entre les lignes du memo, c’est bien Irenic Capital qui tire les ficelles. Leur manager de portefeuille a carrément critiqué la stratégie actuelle de la boîte. Alors Spiegel obéit, et pour la com’, il invoque la magie noire des modèles de langue.
Est-ce que l’IA de Snap est vraiment si avancée qu’elle peut remplacer 1000 postes ? À en juger par leurs derniers features, genre des filtres AR un peu plus moches que ceux de Meta, j’ai des doutes. Mais peu importe : l’important, c’est le signal envoyé aux marchés. « Regardez, on est agiles, on adopte l’IA, on réduit les coûts. » Les traders adorent ce genre d’annonces, même si derrière, c’est le bordel pour les équipes qui restent. Et pour ceux qui se font virer, la consolation, c’est un package de départ et la promesse que leur travail était tellement répétitif qu’un script Python pourrait le faire. Sympa.
Au final, Snap s’inscrit dans la longue liste des boîtes tech qui utilisent l’IA comme prétexte pour des restructurations douloureuses. C’est du vent, mais du vent qui fait monter l’action. Et pendant ce temps, Evan Spiegel peut continuer à rêver de lunettes connectées qui filment tes potes sans leur consentement. Priorités.
L’IA va-t-elle vraiment réduire le travail répétitif chez Snap ? Peut-être. Mais aujourd’hui, elle sert surtout à réduire le nombre de salariés sur la payroll. Face à un memo qui parle d’automatisation, souviens-toi de ce vieux proverbe de Silicon Valley : « Quand l’IA est la solution, le problème, c’est souvent le cours de bourse. »
Sources :
Comments are closed