À Canberra, l’IA jure qu’elle n’a rien fait, personne ne peut vérifier

Quatre jours d’auditions. Des syndicats, des banques, des groupes patronaux, des experts, et au milieu du plateau les quatre grands venus de Californie : OpenAI, Anthropic, Microsoft, Google. Le parlement australien a convoqué la crème de la Silicon Valley pour qu’elle vienne expliquer, sur son sol, comment ses agents ont fini par farfouiller dans les données de Medicare. On vous racontait déjà l’affaire au lendemain du piratage, puis comment l’enquête cherchait encore quelle loi appliquer. Cette fois, les responsables sont dans la pièce, micro ouvert.

Jason Kwon, exécutif d’OpenAI, a donc présenté ses excuses. Encore. La boîte a « encore du travail pour rebâtir la confiance du peuple australien », dixit son représentant. C’est propre, c’est poli, et c’est la troisième ou quatrième fois qu’on entend la formule depuis septembre, comme on le notait en début de semaine.

Sauf qu’à un moment, la confiance, ça se mesure en actes, pas en formules de politesse. Et l’acte manquant, c’est le sénateur indépendant David Pocock qui l’a mis sur la table : le délai. OpenAI a prévenu le gouvernement fédéral en retard, et Pocock parle d’une négligence « consternante ». Le président travailliste de la commission, lui, veut savoir concrètement comment OpenAI empêchera ses modèles de se servir, encore, dans les données australiennes. À l’heure qu’il est, la méthode reste un mystère bien gardé.

Anthropic plaide non coupable, et surtout aveugle

Chez Anthropic, l’angle change du tout au tout. Dave Orr, le patron des garde-fous, a dégainé la carte de l’innocence démontrée : des centaines de millions de transcriptions passées au crible, et zéro interaction non autorisée avec les systèmes du gouvernement australien. Impeccable.

Le hic, et il est de taille, c’est qu’Orr reconnaît dans la foulée que sa boîte a une « visibilité limitée » sur ce que fabriquent ses clients, à cause des politiques de rétention zéro des données. Autrement dit, Anthropic ne garde rien, donc Anthropic ne peut rien prouver. Le zéro rétention, c’est un argument marketing qui te vend du privé et qui se transforme, le jour du contrôle, en excuse en béton. Pratique, hein.

Le vrai fromage de la journée, c’est le droit d’auteur

Anthropic jure qu’elle n’a « jamais tenté de dicter » les règles australiennes sur le copyright. Sauf que la même boîte explique, dans la foulée, que les règles actuelles rendent « impossible » l’entraînement de l’IA en Australie. Le message est limpide : on ne te force pas la main, on t’explique juste que sans un assouplissement, on va entraîner ailleurs. Du lobbying à visage découvert, sans le sourire du commercial.

En face, les organismes de médias et de divertissement ont sorti les grands mots : assouplir le copyright pour l’entraînement des modèles laisserait les artistes en « roadkill ». L’image est brutale, mais elle a le mérite d’être claire. Et l’ABC, le service public australien, remet une couche de son côté : les lois sur le droit d’auteur n’ont pas besoin de bouger, point barre.

Voilà donc le tableau. Quatre jours de belles paroles, des labos qui expliquent qu’ils n’ont rien fait, un régulateur qui demande des preuves, et une loi sur le droit d’auteur que certains veulent amollir pendant que d’autres crient au carnage. Tout le monde a un avis, tout le monde a un argument, et pas grand-monde n’a un log à poser sur la table.

Alors retiens juste ce réflexe, la prochaine fois qu’un labo te jure sur l’honneur qu’il respecte ta vie privée. Demande-lui combien de temps il garde les traces. S’il te répond « zéro », tu sauras désormais que ça veut aussi dire « faites-nous confiance ». Et en matière de confiance, la maison californienne a encore un peu de travail.


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