KPMG, ou l’art de tricher à l’IA avec l’IA

C’est l’histoire d’un partenaire chez KPMG, ce grand cabinet de conseil qui facture des millions pour expliquer aux autres comment bien faire les choses. Son job ? Probablement vendre des prestations sur la transformation digitale, l’éthique de l’IA, ou comment éviter les risques légaux. Sa dernière performance, c’est de s’être fait choper en train d’utiliser ChatGPT (ou un équivalent) pour passer un examen interne sur… l’IA. La boucle est bouclée, la blague s’écrit toute seule.

L’amende : 10 000 dollars australiens, soit environ 5 200 livres. Une somme qui fait mal au portefeuille, mais probablement moins que le fiasco médiatique. KPMG précise que ce n’est pas un cas isolé : depuis juillet, plus d’une vingtaine de salariés en Australie ont été pris la main dans le sac, ou plutôt les doigts sur le clavier, à utiliser l’IA pour tricher lors de tests internes. Le Guardian et le Financial Times rapportent l’affaire, avec ce petit détail qui tue : le partenaire en question est resté anonyme. Parce que bon, quand tu es censé incarner l’expertise et que tu triches sur un sujet aussi basique, faut peut-être éviter de signer.

La scène est facile à imaginer. Un module de formation sur l’IA, probablement obligatoire pour rester dans les clous des régulations ou pour épater la galerie clients. Le partenaire, pressé comme un citron entre deux réunions à six chiffres, se dit : « Tiens, et si je faisais bosser l’IA sur un test d’IA ? » C’est méta, c’est ironique, c’est surtout d’une paresse crasse. Le genre de move qui résume à lui seul tout le bullshit du secteur : on parle d’éthique, de responsabilité, de bonnes pratiques, mais quand il s’agit de montrer qu’on a compris les bases, on demande à la machine de le faire à notre place.

KPMG, dans sa communication, joue la carte de la transparence et de la rigueur. « On a pris des mesures », « on sanctionne », « c’est inacceptable ». Classique. Sauf que derrière, ça pose une question plus large : si les experts qui sont censés guider les entreprises dans l’ère de l’IA ne sont même pas foutus de passer un test sans tricher, on est où, exactement ? C’est comme un médecin qui googlerait ses diagnostics pendant l’examen de fin d’études. Sauf qu’ici, le médecin facture 500 euros de l’heure.

Et ce n’est pas qu’un problème KPMG. Tous les grands cabinets, toutes les boîtes de conseil qui surfent sur la vague IA, sont probablement confrontés à la même hypocrisie. On embauche des « spécialistes » qui savent à peine coder, on organise des formations vite fait, et on s’étonne que les gens trichent. La course au chiffre, à la facturation, prime sur la maîtrise réelle. L’IA devient un produit marketing, un buzzword pour gagner des appels d’offres, pas une compétence à approfondir.

L’ironie, bien sûr, est savoureuse. Utiliser l’IA pour évaluer ta compréhension de l’IA, c’est un peu comme demander à un robot de cuisiner un gâteau qu’il ne peut pas goûter. Tu obtiens peut-être la bonne réponse, mais t’as strictement rien appris. Et dans un monde où l’on nous serine que l’IA va « transformer les métiers », « créer de nouvelles compétences », voir des professionnels tricher sur les bases, ça en dit long sur le niveau de bullshit ambiant.

Alors, est-ce grave ? Oui et non. Oui, parce que ça discrédite encore un peu plus une industrie déjà en manque de crédibilité. Non, parce qu’au fond, tout le monde s’en fout. Les clients continueront de payer, les partenaires continueront de facturer, et dans six mois, on parlera d’autre chose. Mais pour ceux qui croient encore que l’IA est un sujet sérieux, traité par des gens sérieux, cette histoire est un rappel salutaire : souvent, ceux qui en parlent le plus en savent le moins. Et parfois, ils trichent pour le cacher.

Demande à ton consultant s’il a passé le test sans aide. Juste pour voir.


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