xAI propose 418 maisons à Southaven, la clause est dans le contrat

Un agent immobilier qui sonne à ta porte avec une offre d’achat, à Southaven, Mississippi, ça n’a rien de renversant. Sauf quand l’offre arrive avec une clause : tu vends, et tu t’engages à ne pas rejoindre la plainte collective contre le bruit des turbines qui alimentent les data centers d’xAI. Bienvenue à Colonial Hills, le quartier que la société de Musk absorbe pavillon par pavillon.

Le Guardian a écouté l’enregistrement d’une conversation entre une agent et une habitante : l’objectif affiché serait de 418 maisons, 18 propriétaires ayant déjà accepté de vendre. xAI n’a pas répondu aux questions sur ces chiffres. Les registres du comté de DeSoto, eux, parlent : cinq maisons du quartier rachetées depuis le 9 octobre par MZX, la filiale qui exploite le site. Le courrier distribué aux voisins ne fait pas mystère du procédé. La société « a besoin de biens pour ses besoins commerciaux », et elle achète, à la condition contractuelle que les vendeurs ne se joignent pas à l’action intentée par Jason Haley.

Le bruit, d’abord. Sur un ancien terrain de Duke Energy, 69 turbines à gaz temporaires tournent pour les nouveaux data centers, installées sans permis, rapporte le Guardian. Elles ont commencé à gronder en août de l’année dernière. Elizabeth Rose, professeure de piano qui vit à trois kilomètres, décrit « un bruit d’avion, mais continu, extrêmement fort ». Elle dit s’être réveillée à 2h, puis à 3h. « Parfois je dois m’éloigner, parce que ça me met tellement en colère. »

Jason Haley, vingt ans dans sa maison, à huit cents mètres des turbines, a fini par déposer plainte en juin avec deux autres habitants : « bruit quasi constant, vibrations et autres nuisances » à un niveau de préjudice. Il raconte un bourdonnement aigu doublé d’un grondement d’avion au-dessus du toit. « C’est tellement torturant que je ne dors plus, je quitte la maison ou je mets de la musique jusqu’à m’endormir d’épuisement. Ça rend fou. » Il pointe aussi le gouverneur républicain Tate Reeves, pour qui freiner les data centers reviendrait à « livrer l’avenir de la technologie à la Chine ». La réponse de Haley : « Notre gouverneur dit que je n’aime pas l’Amérique parce que je n’aime pas être torturé par le bruit ? C’est débile. »

Le contexte donne le vertige. Depuis juillet 2024, xAI a sorti de terre trois complexes dans la conurbation Memphis-Southaven, baptisés Colossus I, Colossus II et Macrohardrr. Musk y passe jusqu’à quatre nuits par semaine dans une caravane Airstream pour surveiller le chantier. « C’est la croissance la plus rapide que j’aie vue de ma vie pour le bot Grok », a-t-il lancé lors d’un appel sur les résultats de SpaceX ce mois-ci. Le prix moyen d’une maison du coin tourne autour de 180 000 dollars. À l’échelle d’un cluster de supercalculateurs, c’est du bruit de caisse enregistreuse.

Deux lectures possibles, et elles ne s’excluent pas. L’agent immobilier comme le maire de Southaven assurent que les maisons rachetées serviront à loger des salariés d’xAI. Une opération immobilière classique pour un employeur qui débarque avec des milliers de personnes. Sauf que la clause anti-procès, elle, ne sert à rien dans un plan de logement. Un recours collectif a besoin de plaignants en nombre : chaque pavillon acheté en retire un du bassin, et la facture reste modeste. xAI, de son côté, conteste l’ensemble des griefs et assure varier la puissance de ses turbines et avoir bâti des murs antibruit. Dans un communiqué passé, la société jurait vouloir être « un bon voisin ». Les voisins, eux, ont reçu une lettre d’une filiale qui a besoin de « biens pour ses besoins commerciaux ».

Ce n’est pas une lubie locale. Musk a dépensé environ un demi-milliard de dollars pour faire élire des républicains lors des deux derniers cycles, et Donald Trump a prévenu que ceux qui s’opposent à ces chantiers deviendront « arriérés et pauvres ». Le camp d’en face ne s’est pas constitué en parti, il s’est constitué en riverains.

Le Mississippi n’est qu’un front. Au Texas, je te racontais il y a quelques jours que le réseau examinait 474 GW de demandes de raccordement pour une consommation cinq fois inférieure. Le Verge ajoute la couche politique : un sondage d’août donnait 57 % des Texans opposés à la construction de data centers, avec 43 % des républicains, 75 % des démocrates et 54 % des indépendants. La coalition We the People Texas, qui réunit la NAACP locale et des groupes de tout bord, revendique jusqu’à un million d’électeurs, selon son estimation. San Marcos est devenue la première ville de l’État à en interdire. À Temple, le maire et des élus municipaux font face à des procédures de révocation. Le gouverneur Greg Abbott, qui avait proclamé son État « épicentre du développement de l’IA », défend son siège face à Gina Hinojosa, et l’exemption fiscale qu’il a élargie en 2015 aux data centers hyperscale (vingt ans sans taxe d’État sur les équipements et l’électricité) devait coûter 14,6 millions de dollars en 2014-2015. En 2025, l’État estimait la facture à 3,2 milliards sur deux ans. Les factures d’électricité des Texans ont pris 35,4 % en cinq ans. Les data centers y ont consommé quelque 25 milliards de gallons d’eau l’an dernier, soit environ 0,4 % de l’usage total.

« On n’a presque rien en commun sur tout le reste. Et pourtant, tu nous mets dans la même pièce avec ce sujet, et c’est un mur », résume Jet Parker, cofondatrice de Save Rural Texas. Le mur en question a une porte, et xAI est en train d’y acheter les voisins un par un. À 180 000 dollars le pavillon, le silence coûte moins cher qu’un bon avocat.


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