Le mec qui a le plus à gagner si la fête IA continue est venu nous expliquer qu’il n’y a strictement aucun risque. Aucun. Jensen Huang, patron de Nvidia, était l’invité de CBS Sunday Morning ce dimanche, et il a sorti sa petite phrase : « 0% de chance » que l’IA signe la fin de l’humanité. Les avertissements des experts ? Des « doomsday narratives ». Comprendre : des histoires de fin du monde bonnes à faire peur aux gosses le soir.
On a déjà parlé de Huang ici même la semaine dernière, quand il mettait Trump sur haut-parleur pour promettre que l’IA ne ralentirait pas. Le bonhomme est d’une cohérence touchante : jamais une once de doute, jamais un cheveu de nuance, toujours la même certitude tranquille de celui qui regarde son carnet de commandes exploser.
Et c’est là que ça coince.
Le type qui te vend la pelle te dit que l’or est garanti
Huang ne vend pas des modèles, des agents ou des chatbots. Il vend les GPU. Les briques physiques, les cartes graphiques, les data centers entiers qui avalent des gigawatts pour faire tourner les autres. Nvidia est le marchand de pelles de la ruée vers l’or algorithmique, et plus l’angoisse monte, plus les labos achètent du calcul pour rester dans la course. Le conflit d’intérêts n’est pas subtil, il est industriel.
Alors quand il assène « 0% », faut prendre la mesure du truc. Zéro, c’est pas un avis éclairé, c’est une négation du principe de précaution. Même les optimistes de la scène, les Andrew Ng et compagnie qui balaient l’apocalypse comme de la SF, ne descendent pas à zéro. Ils disent « improbable », « exagéré », « mal cadré ». Huang, lui, a sorti l’échelle absolue, celle qui ne laisse aucune place au doute. Pour un ingénieur, avouez que c’est un peu léger.
The Verge le souligne sans se forcer : l’homme se pense visiblement mieux informé que les chercheurs qui planchent sur l’IA depuis des décennies. Des gens qui, eux, n’ont pas d’action dans le secteur à défendre en direct à la télé.
La nuance, cet angle mort
Toute la panique extinctionniste n’est pas rationnelle, on l’a écrit ici, une bonne partie du débat apocalyptique tient plus de la prophétie que de la science, et les épidémiologistes cherchent encore le danger derrière les bioweapons fantasmés. Le doomerisme a aussi ses gourous, ses intérêts et ses petites combines.
Mais passer d’un excès à l’autre, répondre « 0% » à des questions ouvertes, c’est pas de la rigueur. C’est du marketing. Un patron qui croit vraiment à ses chiffres prendrait le temps de distinguer les risques plausibles des fantasmes, de parler des usages militaires, des dérapages d’agents, de la course aux armements. Huang balaie tout d’un revers de manche. Pratique, quand ton chiffre d’affaires dépend du fait que personne ne freine.
Détail savoureux : sur Hacker News, le sujet a récolté 5 points et 3 commentaires. Même la communauté la plus prompte à débattre de l’IA n’a pas mordu. Le « 0% » est passé comme une déclaration de routine. On a tellement l’habitude d’entendre les vendeurs de la ruée dire que tout va bien.
Un marchand de pelles ne t’a jamais dit d’arrêter de creuser.
Sources :
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