Un mois avant les midterms, vote anticipé déjà ouvert dans une bonne partie du pays, JB Pritzker a accepté de venir causer IA dans un podcast. Le gouverneur de l’Illinois, 61 ans, patron avant d’être élu, est candidat à sa propre succession. On pouvait redouter le disque rayé sur l’innovation et les emplois de demain. Ce n’est pas ce qui s’est passé.
C’est The Verge qui résume la chose dans le titre de son épisode : pour Pritzker, l’IA pourrait nous faire vivre jusqu’à 100 ans, ou nous menacer comme des armes nucléaires. Les deux dans la même respiration, sans qu’on sache laquelle des branches l’emporte. Le gouverneur ne tranche pas. Il déplace la question.
Des problèmes qu’on ne règle pas un par un
Sa thèse, martelée sous plusieurs angles pendant l’entretien, tient en une idée : certaines saloperies sont des problèmes d’action collective, et il faut un État pour les prendre en charge. « Le gouvernement doit être plus actif et devenir un combattant pour son peuple, pas juste un collaborateur des entreprises sur tout », dit-il (traduction maison). Il précise avoir été businessman avant, comme si on allait lui reprocher son CV. Ça ne change rien à sa conclusion, au contraire.
Le monsieur ne parle pas dans le vide. Il parle d’un réalignement générationnel, d’un changement d’attitude où l’élu redevient celui qui protège les gens « qui n’ont souvent personne d’autre qu’un gouvernement pour se défendre ». C’est du discours de campagne, évidemment. C’est aussi une phrase qu’on n’entend pas tous les jours dans la bouche d’un type qui a cotisé au club des donateurs.
Les terrains de ce bras de fer, l’animateur les liste : les data centers, la vie privée. Il en ajoute un troisième, l’antitrust. Et Pritzker sort un détail qui fait mouche : David Sacks qui relaie Lina Khan sur la question de savoir si l’industrie de l’IA a besoin d’une exemption antitrust pour gérer sa sécurité. Deux types que tout devrait opposer, d’accord sur le fond, à savoir que les géants n’ont pas besoin d’exemption et feraient mieux de se livrer une concurrence un peu plus féroce, selon lui. Quand les deux bouts du spectre se retrouvent sur un point de droit, c’est généralement que le vrai champ de bataille est là. Mon intuition, pas sa phrase.
La question qui gêne, la réponse qui esquive
Vient le moment intéressant. L’animateur pose un parallèle avec la Californie : Gavin Newsom qui attaque l’affaire Paramount-Warner, l’entourage Ellison qui menace de déménager à Nashville ou ailleurs, le procès qui finit par se régler, et la famille qui jure ensuite qu’elle n’a jamais eu l’intention de partir. Il demande à Pritzker s’il voit le même schéma se dessiner, la même tentation de plier devant un gros groupe. Réponse du gouverneur : « On est des négociateurs plutôt coriaces à Chicago et dans l’Illinois, et c’est exactement ce qui se passe en ce moment avec les Bears. »
Relis bien. On lui parle d’un gouverneur potentiellement aplati par un conglomerate médiatique, il répond football américain. Il enchaîne sur les discussions avec les Bears et la NFL pour garder la franchise à Chicago ou à Arlington Heights, mais dans l’Illinois. Aucun chiffre, aucun montage, aucun calendrier sur la table. La franchise a le droit à un paragraphe entier de fermeté. La question de savoir si un État doit céder face à un employeur qui menace de se barrer reste en suspens, visiblement trop encombrante pour la fin de l’épisode.
Le programme, c’est une humeur
Dans l’extrait publié, Pritzker ne propose rien. Pas un projet de loi, pas un chiffre, pas un mécanisme de contrôle, pas une ligne sur ce qu’il ferait concrètement des data centers qui poussent dans son État. « Combattant pour son peuple », c’est un état d’esprit, pas un texte. Et l’échange s’interrompt pile au moment où la question devenait précise, ce qui n’aide pas à se faire une idée du bonhomme.
Comme on le disait à propos des huit États qui ont fini par réguler l’IA pendant que le Congrès regardait ailleurs, c’est là que ça se joue désormais, dans les capitales d’États. Et c’est aussi ce qui rend le sujet des centres de données inflammable, comme on l’a vu avec Microsoft qui débranche son plus gros data centre britannique faute de courant avant les années 2030 : personne ne veut la facture électrique, tout le monde veut la fibre.
Deux registres, une seule trouille
CNA posait la même question cette semaine, dans un registre plus posé : peut-on perdre le contrôle du futur face à l’IA ? Un gouverneur américain qui convoque la bombe atomique et une potion de longévité dans le même souffle, un média qui demande s’il faut encore avoir la main. Ça remue la même angoisse, sauf que l’un des deux doit signer des budgets.
Le contrôle dont on parle ici ne se décide pas dans un podcast. Il se décide dans les commissions, les appels d’offres, les exemptions fiscales et les raccordements au réseau. Autant de dossiers où le « combattant pour son peuple » va devoir montrer autre chose qu’une punchline sur les Bears.
Pritzker a 61 ans. Si son IA tient la promesse du titre et le pousse jusqu’à 100, il sera encore là pour les midterms de 2064. Les Bears, eux, auront peut-être signé dans l’Indiana depuis un bail.
Sources :
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