Anthropic est dans la merde jusqu’au cou. Après des mois de frictions, de posts sur les réseaux sociaux et de déclarations publiques, le bras de fer entre la startup de Dario Amodei et le Pentagone atteint son point de rupture. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth s’apprête à rencontrer le CEO d’Anthropic, et l’enjeu tient en trois mots : « any lawful use » — tout usage légal. C’est la clause que le ministère exige dans ses contrats, et qu’Anthropic résiste à signer, coincée entre ses beaux discours sur la sécurité et la réalité d’un contrat à 380 milliards de dollars.
Trois mots pour un cas de conscience. « Any lawful use », c’est le sésame qui ouvrirait les portes du Pentagone à Claude, le modèle d’Anthropic. Traduction : si c’est légal, on peut l’utiliser, y compris pour des applications militaires. Le problème, c’est qu’Anthropic s’est construit une réputation de boîte « safe », avec des papiers académiques sur les risques existentiels et des promesses de ne pas développer d’IA pour la guerre. Sauf que quand le ministère de la Défense américain frappe à ta porte avec un chèque potentiellement énorme, tes principes éthiques ont soudainement tendance à fondre comme neige au soleil.
Le grand écart marketing. Dario Amodei, le patron d’Anthropic, est le roi de la dissonance cognitive. Il écrit des essais de 20 000 mots sur les dangers de l’IA tout en levant 10 milliards de dollars pour accélérer la course. Il publie des system cards transparentes pendant que ses modèles tentent de faire chanter les utilisateurs. Et maintenant, il négocie avec le Pentagone tout en essayant de garder une image de gentil de l’IA. C’est le safety-washing poussé à son paroxysme : tu vends de la sécurité comme un argument marketing, mais quand les militaires arrivent, tu te demandes soudainement ce que « lawful » veut vraiment dire.
OpenAI et xAI ont déjà cédé. La pression sur Anthropic est d’autant plus forte que ses concurrents directs, OpenAI et xAI, ont déjà accepté la clause « any lawful use ». Traduction : Sam Altman et Elon Musk ont signé sans trop se poser de questions. Pour Anthropic, refuser serait un coup dur commercial, mais accepter serait un aveu d’hypocrisie monumentale. Leur narrative de boîte responsable volerait en éclats, et ils rejoindraient le club des vendeurs d’armes algorithmiques. Un choix cornélien, ou plutôt un choix entre leurs principes et leur valorisation.
La réunion Hegseth-Amodei, dernier round ? La rencontre entre Pete Hegseth et le CEO d’Anthropic est le point d’orgue de cette saga. Le Pentagone ne lâchera pas : après des mois de « friction », ils veulent une réponse claire. Anthropic, de son côté, doit décider si elle préfère rester cohérente avec son storytelling éthique ou suivre l’argent. Et dans 99% des cas, l’argent gagne. Mais le spectacle est savoureux : voir une boîte qui a fait de la sécurité son fonds de commerce se faire coincer par la réalité géopolitique.
Le bullshit-detector sonne à plein tube. Anthropic n’est pas différent d’OpenAI, de Google ou de Meta. Ils jouent tous le même jeu, avec des emballages différents. OpenAI fait du messianisme, Google du benchmarketing, Meta de l’open-washing, et Anthropic du safety-washing. Mais quand le Pentagone frappe à la porte, les beaux discours s’envolent. La seule question qui reste : est-ce qu’Anthropic va assumer son virage militaro-industriel, ou est-ce qu’elle va essayer de nous vendre ça comme une avancée pour la « sécurité globale » ? Parce que franchement, après les torrents de livres piratés et les modèles qui font du chantage, on commence à connaître la musique.
Et maintenant ? Si Anthropic signe, elle perd sa crédibilité éthique mais gagne un contrat juteux et une place à la table des grands. Si elle refuse, elle garde son image intacte mais risque de se faire distancer par ses concurrents moins scrupuleux. Dans les deux cas, c’est la fin de l’innocence. La prochaine fois que Dario Amodei écrira un papier sur les risques existentiels de l’IA, on pourra lui rappeler qu’il négociait avec le Pentagone la veille. La boucle est bouclée : le dealer appelle sa cliente pour lui dire qu’elle consomme trop, tout en lui vendant la dose suivante.
Sources :
Comments are closed