Le Royaume-Uni met « contrôle et souveraineté » avant ses principes IA

Lundi, le Financial Times a mis deux mots dans la bouche de Downing Street : « control and sovereignty ». Des exigences censées structurer l’approche britannique de l’IA. Les principes, eux, arrivent après.

Cet ordre en dit plus que le slogan. Le journal précise que ces principes viennent après « de robustes discussions au sommet du gouvernement » sur le déploiement d’une technologie qui bouge vite. Rien de scandaleux, c’est le métier : on arbitre entre ministères, budgets et industriels, puis on rhabille l’arbitrage en grands principes. Sauf que d’habitude, on évite de l’écrire dans la première phrase.

Deuxième souci, le périmètre. « Contrôle » peut désigner les modèles, les données, les puces, les tuyaux, les contrats publics, la fonction publique, ou tout ça à la fois selon l’auditoire. « Souveraineté » est encore plus élastique. Le FT livre les mots d’ordre, pas la liste de ce qu’ils couvrent. Ce flou n’est pas un détail : c’est précisément ce qui permet de promettre le contrôle à tout le monde sans jamais trancher entre des dépendances qui ne se recouvrent pas.

Parce que le pays qui parle de souveraineté IA a un petit problème de propriété. DeepMind, son labo le plus connu, appartient à Google depuis 2014. L’essentiel du calcul, des modèles et des jeux de données remonte à des groupes américains. Être souverain sur un déploiement qu’on ne maîtrise pas en amont, ça se tente. Ça s’appelle négocier, pas décider.

Les autres font déjà l’exercice, et le résultat vaut le détour. Quand la Suède a débranché ChatGPT et Claude, c’est Copilot qui a gardé la prise, c’est-à-dire encore un produit américain (https://mogw-ai.com/ethique/la-suede-debranche-chatgpt-et-claude-copilot-garde-la-prise/). Le contrôle, dans les faits, se joue sur le contrat et la clause de sortie, pas sur le drapeau. Londres connaît le principe : son labo biosecure tourne aux deux tiers sur des crédits de modèles (https://mogw-ai.com/business/le-royaume-uni-ouvre-un-labo-biosecure-finance-aux-deux-tiers-par-des-credits-de-modeles/), et quand l’État a trouvé 500 failles pour 13 000 livres, il a gardé la liste pour lui (https://mogw-ai.com/ethique/le-royaume-uni-a-trouve-500-failles-pour-13-000-livres-il-garde-la-liste-pour-lui/). La souveraineté, ici, c’est surtout une politique de non-partage.

Pendant que Londres cherche le contrôle, l’Agence européenne des médicaments écrit. Sa page consacrée à l’IA, dans sa version de ce 3 novembre, aligne un document de réflexion sur l’IA dans le cycle de vie du médicament, des principes directeurs pour les grands modèles de langage, et une première « qualification opinion » sur une méthode d’IA. Trois artefacts réglementaires, zéro slogan. C’est l’autre façon d’être souverain : produire la norme à laquelle les autres devront répondre, paragraphe par paragraphe, comme je l’écrivais sur son cadrage des LLM (https://mogw-ai.com/ethique/reponses-inventees-fuites-de-donnees-lema-cadre-ses-llm/). L’EMA a même accepté en octobre une preuve clinique produite par une IA (https://mogw-ai.com/applications/lema-accepte-pour-la-premiere-fois-une-preuve-clinique-produite-par-une-ia/). Là-bas, la souveraineté s’exerce en signant ou en refusant, pas en choisissant des adjectifs.

« Control and sovereignty » sonne bien dans un communiqué. Ça ne dit toujours pas qui, à Londres, aura le dernier mot quand un modèle américain tournera sur des serveurs américains pour le compte d’un hôpital britannique. Les principes arriveront après. Ils arrivent toujours après.


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