VEIR empoche 110 millions pour sortir le cuivre des data centers

VEIR empoche 110 millions pour sortir le cuivre des data centers

Tout le monde compte les GPU, les gigawatts et les milliards. Personne ne compte les câbles. C’est pourtant là que le bâtiment coince, et c’est exactement le marché que VEIR vient de refourguer à des investisseurs pour 110 millions de dollars.

La boîte de Woburn, dans le Massachusetts, a annoncé le 7 octobre une série C de 110 millions, co-menée par Matter Venture Partners et Tyche Partners. Côté nouveaux entrants, LG Technology Ventures, Gates Frontier, Sabanci Climate Ventures et Hui Capital. Côté anciens, on remet au pot : Engine Ventures, Galvanize Climate Solutions, Piva Capital, Congruent Ventures, VXI Capital. Total levé depuis 2019 : 225 millions. Valorisation : non communiquée, ce qui est toujours la réponse la plus honnête d’un communiqué de presse.

Ce que fabrique VEIR tient en une phrase : des câbles supraconducteurs refroidis à très basse température, qui font passer beaucoup plus d’électricité dans beaucoup moins d’espace que le cuivre. Autour du câble, la panoplie complète : cryogénie, contrôles, terminaux, monitoring. La supraconductivité n’a rien d’une nouveauté de labo, elle refroidit des aimants d’IRM depuis des décennies. Ce qui est neuf, c’est de vouloir la poser dans un data center.

Le mur a changé de camp

Pendant trois ans, le débat sur l’IA tournait autour du silicium : qui a les puces, qui a la fonderie, qui a la mémoire. Sauf que les campus IA grossissent, que les racks se densifient, et qu’à un moment il faut tirer du câble. Du cuivre plein les gaines, du cuivre plein les camions, des équipes d’électriciens plein les couloirs, et de la place qui n’existe pas dans un faux plafond.

Wen Hsieh, de Matter Venture Partners, résume dans le communiqué : la distribution électrique vers les racks devient « l’une des contraintes critiques » sur la densité et le regroupement du calcul IA. Weijie Yun, de Tyche, lâche la phrase qui fait mal : « la physique du cuivre est devenue une limitation fondamentale ». En clair : on sait fabriquer les serveurs, on ne sait plus les brancher.

Trois mégawatts, zéro client nommé

C’est ici qu’il faut tempérer l’enthousiasme des communiqués. VEIR a démontré un système de 3 mégawatts. Une démonstration, pas un campus interchangeable. La société annonce travailler avec « des clients et des partenaires industriels » sur des projets commerciaux et des architectures de référence. Aucun nom. The Next Web le note explicitement dans son papier, et c’est la ligne la plus importante du dossier.

L’argent de la série C part dans l’usine, la chaîne d’approvisionnement, les produits et les équipes commerciales. La bascule de la démo au catalogue, c’est précisément le virage où les boîtes de deep tech crèvent. Le communiqué parle de « premiers projets commerciaux ». On aimerait lire des noms propres.

Le froid, ça se paie

Là, je sors du communiqué pour poser une question que personne dans le dossier ne chiffre : le refroidissement cryogénique consomme de l’énergie. Si tu brûles des watts pour refroidir les câbles qui transportent les watts, il faut que le gain soit franc. Aucune des sources ne donne le bilan net du système, cryogénie comprise. Je ne dis pas que ça ne marche pas. Je dis que le chiffre manque, et que c’est un peu embêtant pour une boîte qui vend de l’efficacité.

Deuxième angle mort, et il est plus gros : « behind the meter ». VEIR attaque la distribution à l’intérieur du site du client, derrière le compteur. Ça ne fabrique pas un électron et ça ne pousse pas la ligne haute tension jusqu’au campus. Le vrai mur, celui sur lequel Microsoft s’est cassé les dents au Royaume-Uni il y a deux jours, c’est le raccordement. VEIR vend un meilleur tuyau à l’intérieur du bâtiment. Le tuyau qui manque est dehors.

L’argent cherche la prise

Le marché, lui, ne discute plus la direction. Toujours selon The Next Web : TAR a levé 120 millions en septembre pour de l’off-grid, Google et Nvidia ont monté une alliance sur la flexibilité des data centers le même mois, et en juin les régulateurs américains ont ordonné une voie rapide pour raccorder les data centers. On en est là. Ce n’est plus « l’IA va changer le monde », c’est « qui apporte le jus ». Ça donne des levées à 45 milliards pour du calcul sans courant garanti et des tournevis qui remplacent les conférences keynote.

Petit détour par un autre monde, tant qu’on est dans les levées du jour : Zach Yadegari, cofondateur de Cal AI, a ramassé 10 millions pour Persona, un assistant personnel qui commande ta bouffe et tes VTC, avec un bracelet à 179 dollars attendu en décembre. Pas d’écoute permanente : on active au bouton ou d’un coup de poignet, le modèle tourne dans son cloud, et il faut valider les achats. Mené par Vine Ventures. Les 30 millions de Cal AI venaient d’influenceurs fauchés, pas de sa techno. Là, ça finance un câble à refroidir d’un côté, un bracelet qui prend des notes de l’autre. Un des deux projets demande une usine. L’autre demande une précommande.

VEIR a une vraie avance sur un problème que le secteur commence seulement à chiffrer, et un actionnariat qui peut payer la prochaine étape. Mais un câble supraconducteur commercial, ça se juge sur un bon de commande signé, pas sur un communiqué qualifié de « sursouscrit ». Le cuivre a des limites physiques. Les relations presse, elles, n’en ont aucune.


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